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Essor du verre creux. La provenance, comme critère de qualité

Dans les inventaires princiers ou royaux, les achats de verres sont qualifiés par leur quantité et leur prix mais, également, ce qui nous intéresse ici, par leur provenance. Vers 1300, par exemple, on cite à Paris, le « verre de Montpellier pour les épingles » ou, en 1322, dans l’inventaire de Robert de Béthune, « des fioles de Montpellier de voirre en une custode de cuir » 1. Le verre de vaisselle méridional se vend au Nord de la Loire où il semble être un critère de qualité. Avec le verre de Berry, il figure, en 1316, chez Mahaut d’Artois qui possède par son père des « verres d’Aubigny et de Provence ». Inversement, en Avignon, à la fin du XIVe siècle, entre du « veyre de Berri« . La précision permet de cerner également les importations étrangères comme les verres, plats, lampes de Damas. La provenance agit comme un label de qualité.
Que les fouilles archéologiques n’attestent pas de tels échanges pour cette période tend à prouver que la commercialisation du verre ne touche encore que les classes les plus privilégiées.
La production locale de verre creux, quant à elle, devient palpable (verres à pied, verres à tige, flacons, bouteilles, coupes, urinaux). Entre les régions, les formes diffèrent peu. Dans le Midi, D. Foy note l’apparition du verre à boire en forme de gobelet. Dans un premier temps (fin du XIIIe siècle), le gobelet se présente comme un cylindre en verre épais, avant de faire place, dès le deuxième quart du XIVe siècle, à une forme tronconique en verre fin.

Saint-Laurent-le-Minier (Gard) : gobelet à décor appliqué


De nouveaux types de décor se font jour, motifs en relief ou pris dans la masse, filets rapportés de couleur, garniture d’argent. Mentionnée dans les textes, la vaisselle méditerranéenne, gobelets simples (de composition sodique), « gobeletz de safré » à décor bleu rapporté, fait l’objet, d’après les découvertes archéologiques faites à Paris dans le Nord de la France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en Suisse., d’une arge commercialisation.
A Paris, chez les princes, s’échangent de la vaisselle et des objets de verre, luxueux et variés. En 1398, « A colin Brelon, marchant de voyres… pour plusieurs parties de voirrerie, tant quenouilles, tromppes, potz à façon de cuivre gobelletz de safre et de pierre, retumbes, tasses, comme cornemuses, tout voirres bailliez et délivrez au mois de may pour mgr le daulphin et noz dames de France, 24s. p. »
Le verre d’optique est cité en 1305 dans un traité de médecine montpelliérain ; son invention est située vers la fin du XIIIe siècle ; elle s’accorderait avec la qualité des verres – de pierre (?) – méridionaux. De nombreuses verreries, en Provence, en Languedoc, dans le Berry, le Poitou, la Vendée, la Picardie, l’Argonne, les Flandres, produisent du verre creux.

  1. Addition au registre de Étienne Boileau, 1e 141 ve, inventaire de Robert de Béthune, p. 240, d’après Gay, op.cit. p. 464

Rédigé par

Emmanuelle Toudert

École du Louvre. Guide touristique.
Licence des métiers de l'édition et des ressources documentaires.
Master Art-thérapeute.
Baptisée à La Chapelle-d'Angillon, le village de mes racines, en toute humilité je fais un retour à ma terre. "Humilité" = humus, terre.